La rééducation du post-partum : 5 questions à une kinésithérapeute

Par Mathilde Gout – masseur-kinésithérapeute, D.U. périnéologie


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Vous venez d’avoir un enfant, de le porter et de le sentir grandir en vous.


Votre corps, cette « machine » si fabuleuse capable de créer et de donner la vie, a beaucoup travaillé ces derniers mois.

Aujourd’hui, elle a besoin de repos, certes, mais il vous reste un petit effort supplémentaire à faire pour qu’elle retrouve sa tonicité d’avant.


Oui, votre corps est maintenant celui d’une mère et s’en trouvera peut-être modifié (ces vergetures qui viennent marquer les traces de votre ancien bidou ou d’un allaitement, votre bassin, peut-être un peu plus large, qui a du mal à retrouver sa place dans vos anciens jeans...), mais votre posture et la capacité de vos muscles doivent être récupérés pour que toutes les fonctions de votre corps soient optimisées.



A QUOI SERT LA REEDUCATION ?


La rééducation sert à rétablir les déséquilibres posturaux et tissulaires secondaires à la grossesse et à l’accouchement (qu’il soit par voie basse ou par césarienne).


En effet, les modifications posturales liées à la grossesse vont avoir plusieurs incidences sur votre corps et ses fonctions : - un changement de la répartition des pressions sur la zone lombaire (le bas du dos), le bassin et le périnée, - un manque de stabilité et de soutien de cette même zone.


Les conséquences peuvent être des douleurs de dos, de bassin ou de hanches, des troubles digestifs, une incontinence urinaire ou anale, une descente d’organe (ou prolapsus des organes pelviens), etc.


De plus, nous pourrons également améliorer l’aspect d’une cicatrice de césarienne ou d’une épisiotomie/déchirure et aider s’il y a des douleurs lors des rapports sexuels.


Sur le papier, on distingue la « rééducation périnéale » et la « rééducation abdominale » mais dans la pratique, c’est une aberration. En effet, toute l’enceinte abdominale (qui va du diaphragme au périnée, en passant par les lombaires, les côtes et les abdominaux) est une unité très coordonnée qui a besoin de réapprendre à travailler en synergie.


La rééducation abdominale, contrairement à ce que l’on pourrait croire, n’a pas pour but de vous faire (re)trouver vos tablettes de chocolat de vos vingts ans. Elle sert principalement à ce que vos muscles abdominaux profonds protègent votre périnée lors des efforts et même simplement lors de la position debout.



LA REEDUCATION : POUR QUI ?


Pour toutes les femmes ayant eu une grossesse !



Même si vous ne ressentez aucun symptôme, aucune gène, votre corps a subit des modifications qui nécessitent un petit « reset ». Parfois, votre gynécologue vous demande lors de l’examen post-natal de serrer le périnée et vous assure que « c’est bon, tout va bien, vous n’avez pas besoin de rééducation ». Malheureusement, la force musculaire n’est qu’un point parmi beaucoup d’autres à prendre en compte et qui auront, forcément, été un petit peu abimés.


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LA REEDUCATION : QUAND ?


Entre 6 et 9 semaines après l’accouchement, mais vous pourrez la commencer de manière précoce si vous présentez des complications : mauvaise cicatrisation, incontinence sévère, œdème périnéal, congestion pelvienne, etc.

Sachez que vous pouvez également suivre une rééducation au cours de votre grossesse, pour traiter d’éventuelles douleurs et préparer votre bassin et votre périnée à l’accouchement.



COMMENT ÇA SE PASSE, LA REEDUCATION ?


La technique dépendra de vos besoins et de vos attentes. Il n’y a pas UNE méthode unique, surtout si celle que l’on vous propose ne vous convient pas. Un bon thérapeute doit pouvoir vous proposer différents outils et être capable de changer de technique si celle proposée n’est pas suffisante. Dans tous les cas, un examen manuel (un toucher vaginal) est nécessaire.

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Un premier bilan permettra d’observer votre posture, de noter la présence de tensions, d’évaluer la tonicité de vos muscles, leur commande volontaire et réflexe, d’apprécier l’élasticité d’une cicatrice et si elle est toujours douloureuse et enfin, de vérifier la mobilité de vos articulations.

Ensuite, des techniques manuelles pourront être combinées à des exercices, et l’utilisation d’appareils, comme une sonde vaginale, pourra être proposée si c’est nécessaire.


Les outils d’« auto-rééducation » (sondes connectées, boules de Geisha, etc.), peuvent également être utilisés mais ne pourront pas remplacer une rééducation faite avec un professionnel de santé. En effet, chaque femme est différente et n’aura pas besoin des mêmes exercices. D’où l’importance du bilan initial !



LA REEDUCATION : PAR QUI ?


Un kinésithérapeute spécialisé en pelvi-périnéologie ou une sage-femme.

NB : la rééducation abdominale et le travail cicatriciel ne peuvent être réalisés que par les kinésithérapeutes et doivent être mis en place dès le début de la rééducation.


Il pourra être également utile de vous entourer d’un ostéopathe, d’un naturopathe, d’un sophrologue ou de tout autre professionnel pouvant vous apporter du bien-être dans cette période de grands changements. C’est bien connu, le bien-être physique passe avant tout par le bien-être psychique. Alors je vous invite à consulter en cas de baisse de moral (même passagère), manque de confiance, période de doute, qui sont certes normaux pour cette période mais que vous n’êtes pas obligée (et vous ne le devez pas !) de traverser toute seule.


Pour trouver un kinésithérapeute spécialisé en rééducation pelvi-périnéale autour de chez vous, vous pouvez consulter les annuaires spécialisés suivants : - https://www.arrep.org/annuaire-des-adherents/adirectory/blog/10-membres-de-l-afrepp.html - https://www.eirpp.com/annuaire/

- https://annuaire.degasquet.com - https://www.lesclesdevenus.org/annuaire-pro/



Mathilde Gout

mathildegout8@gmail.com


Masseur-kinésithérapeute agrée et thérapeute manuelle

Spécialisée dans la prise en charge des troubles périnéaux et de la statique lombo-pelvienne


www.centreducore.fr